Black Dju

leotard-600Joseph Touré, un ouvrier capverdien immigré au Luxembourg depuis plusieurs années, a disparu, laissant sa famille dans l’inquiétude. Dju Délé Dibonga, son fils d’une vingtaine d’années, part à sa recherche. Dju est accueilli froidement à son arrivée au Luxembourg. A la suite d’une contrôle de police, il est conduit au commissariat. Zeca, sa petite amie originaire du même village capverdien, venue au Luxembourg afin de préparer un diplôme d’infirmière, est à peine plus hospitalière. Dju apprend que son père a de graves ennuis. Le hasard réunit le jeune homme et l’inspecteur Pletschette, un flic désabusé et solitaire, suspendu de ses fonctions. Contre toute attente, ils deviennent amis et ensemble, ils se remettent à la recherche de Joseph Touré, avec l’aide de Zeca.

Il pleut, il neige dans «Black Dju» mais…

Les films ont des saveurs et «Black Dju» a le goût d’un verre de vin et d’un toast au saumon en boîte, d’une nuit blanche et froide, quand le bonheur est fait de moments aussi anodins et précieux. Le film du Luxembourgeois Pol Cruchten est à cette image. Il prend les choses dans leur réalité et leur vérité, saisit ses personnages en marche pour un bout d’histoire, ne se laisse pas aller à la complaisance, ne cherche pas à mettre les petits plats dans les grands, coupe court devant l’émotion de peur qu’elle n’envahisse trop l’écran et nous offre des voyages plus intérieurs que spaciaux. «Black Dju» raconte la quête d’un jeune Cap Verdien sur les traces de son père, immigré à Luxembourg. Dju (Richard Courcet), désemparé, s’adresse à un flic désabusé, alcoolique et solitaire (Philippe Léotard) qui lui a prêté quelques sous pour téléphoner. Ensemble, ils vont aller à la recherche de ce père disparu.

L’histoire a finalement peu d’importance. L’essentiel est à l’intérieur des personnages, dans leurs silences qui cachent des montagnes d’envies et de désespoirs, dans leur solitude, dans des mots murmurés devant un paysage. Pour un amour parti ou pour un amour qui pourrait partir. Pol Cruchten, dont «Black Dju» est le deuxième long métrage, filme à l’image de ses personnages, économique, essentiel, direct. Il ne s’éternise jamais. Et pourtant, son film est riche, riche de personnages croisés le temps d’un plan comme cette femme qui veut aimer (Myriam Mézières), comme Louis le barman, ami discret mais véritable car toujours là (François Hadji-Lazaro), comme le brave gérant du foyer des Immigrés (François Morel, un des Deschiens).

Voir Philippe Léotard en alcoolique paumé n’est pas une nouveauté. Pourtant, Cruchten a su détourner le cliché pour rendre touchant et émouvant un acteur qui aurait pu tomber dans l’auto-dérision. Tout aussi pudique est le jeu de Richard Courcet. Dans «Black Dju», il pleut, il neige, il fait froid. Mais ce n’est pas un film triste puisqu’au bout, il y a des retrouvailles avec l’autre et surtout avec soi-même.

Source: Fabienne Bradfer Le Soir

François Léotard: A mon frère qui n’est pas mort

BLACK JU, c’est à mes yeux son meilleur film. Je ne vais pas raconter l’histoire ! Au cinéma, il faut toujours choisir les images… Elles ne se racontent pas. Le réalisateur est un géant bourru, jovial, et fin comme un oiseau migrateur. Philippe l’appelle « crotte de nez ». Son vrai nom c’est Pol Cruchten. Le tournage se passe au Luxembourg. II fait froid, il pleut, il neige et dans la salle on grelotte… Et pourtant les premières images viennent du Cap-Vert… La chaleur entoure Cesare Evora (ce serait, dit-on, son seul passage au cinéma…) et un fils qui s’en va. Lumière brève sur le départ d’immigré vers le froid. Là-bas, au Luxembourg, il deviendra un immigré à la recherche de son père. Philippe, policier déglingué, marche au whisky. C’est un commissaire qui ne sait pas très bien justifier son métier lorsqu’il faut faire la chasse aux étrangers.

Entre le traqueur de père et le pilier de bistrot l’indifférence devient une sorte d’amitié. Il fait trop froid pour que s’accumule en plus, comme la neige, le désespoir. On retrouve le père, vieux nègre au beau visage de marabout. Il retourne au pays. Il y a des autobus, comme ça, qui partent vers des destinations insoupçonnées. Puis le train, puis le bateau… On devine, dans les visages de BLACK JU, ces itinéraires du déracinement. Je dis que c’est son meilleur film parce qu’il parvient, là, Philippe, à une humanité qu’il a, toute sa vie, cherché à conquérir. On le voyait venir dans TCHAO PANTIN, ce flic. Désabusé, sceptique. Interrogateur, parce que l’interrogation, c’est une profession. On sait que ça ne sert à rien, que la vérité est toujours à côté, ailleurs, mais il faut bien faire son métier, ten ter de découvrir ce qu’il y a au fond des gens. Parfois on apprend des choses sur soi-même…

Film très peu diffusé en France! Film sur l’Europe froide que des hommes traversent, au fond de laquelle ils s’égarent, déchirant leur mémoire pour une identité qui ne sera pas la leur. Aucun esthétisme dans la démarche de Philippe, commissaire de police. Les cassettes qu’il écoute dans sa vieille voiture glacée, ce sont celles qu’il a toujours écoutées tout au long de sa vie (Chat Baker, Coltrane..,). Le regard qui ne regarde plus rien, le corps qui s’appuie au comptoir, l’imperméable, tout cela est à lui. C’est une accumulation, un tas de cailloux sur lequel on a dressé une croix. C’est aussi son dernier film. A quoi bon continuer puisque tous les bars se ressemblent et que c’est le seul endroit qui fait penser à la mer, au départ, à la blessure d’un quai. 1)

François Léotard 1) « Je vous dis ; « adieu » / comme on dit : « salut  ! / comme on dit : « ça va » ! / parce que ça n’a pas d’importance… / comme on dit : / « laissez-moi en paix dans la tempête » / comme dirait Pouchkine » (PANR, p. 66, Poème dédié à Claude Lelouch).

François Léotard a dédié son dernier livre à son frère, Philippe, décédé en 2001. L’ouvrage qui porte le titre « A mon frère qui n’est pas mort » dresse un portrait très intime de l’acteur qui a travaillé avec Pol Cruchten sur le tournage de Black Dju. L’écrivain a été tellement séduit par cette œuvre produite par la société luxembougeoise Samsa Film d’après un scénario original de Frank Feitler et de Pol Cruchten, qu’il a demandé à son éditeur, les Editions Grasset, de la projeter lors de la soirée organisée à l’occasion de la parution du livre.

Réalisation : Pol Cruchten
Scénario  : Frank Feitler, Pol Cruchten
Directeur de la photographie : Daniel Barrau
Date de sortie : 26 novembre 1997
Production : Radio Télévision Belge Francophone
Durée : 80 minutes
Musique : André Mergenthaler

Interprètes principaux: Philippe Léotard, Richard Courcet, Patrice-Flora Praxo, Cesária Évora, Adama Kouyaté, Myriam Mézières, François Hadji-Lazaro, Manu Dibango, François Morel

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