La Chatte sur un toit brûlant

La Chatte sur un toit brûlantDans une immense villa du Sud des Etats-Unis, une famille se réunit pour fêter l’anniversaire du patriarche, ’Big Daddy’. Big Daddy, riche homme d’affaires, va mourir mais personne n’ose le lui dire. Brick, ancien champion du monde de football et fils préféré, s’est réfugié dans l’alcool à la suite du suicide de Skipper, qui était plus que son meilleur ami. Maggie, sa femme, essaye de le reconquérir tandis que Gooper, le second fils avocat convoite déjà l’héritage avec l’aide de sa femme Mae, fière d’être la mère d’une ribambelle d’enfants insupportables. Alors que la famille s’entredéchire, Brick va effectuer un voyage au bout de lui-même, questionner sa propre sexualité et annoncer à son père ce que celui-ci ne sait pas encore, sa mort prochaine…

Le réalisateur luxembourgeois Pol Cruchten revient au théâtre après le succès, la saison dernière, de Haute Surveillance. Il a choisi cette fois une pièce hautement cinématographique, La Chatte sur un toit brûlant.

L’Amérique désenchantée

Naufragés des tempêtes matrimoniales, Brick et Margaret semblent avoir touché le fond. Véritable «scandale ambulant», le premier noie ses angoisses à coup de whisky tandis que la seconde tente de ranimer leur couple. Le fantôme de Skipper, ami défunt de Brick et amant malheureux de Margaret, persiste pourtant à semer la discorde. À moins que les problèmes viennent de Gooper, le frère de Brick, et Mae, sa femme, qui tentent de rafler l’héritage d’un père dont tous savent la fin proche… sauf lui-même.

C’est dans une histoire d’héritage, d’autodestruction par l’alcool, d’homosexualité refoulée, dans laquelle combat cette famille, emmenée avec passion par la trop belle Margaret, femme de Brick, l’homme faible et merveilleux, toujours tenté de se retirer du jeu. Si comme pour la plupart de ses pièces, Tennessee Williams traite ici de ses propres problèmes – homosexualité, drogue, alcool, amour – il traduit surtout l’impossibilité de communiquer avec ceux qu’on aime. La Chatte sur un toit brûlant est un huis clos sur un ring de boxe. Un terrible combat où les masques vont tomber, peut-être pour le meilleur.

Alors qu’il avait acquis ces lettres de noblesse au cinéma, Pol Cruchten s’est tourné l’année dernière vers la mise en scène de théâtre, avec un certain succès. «Ça s’est tellement bien passé avec le Genet, que j’ai voulu recommencer», s’amuse-t-il. Suivant le thème de cette saison au TNL, l’Amérique, il a choisi «évidemment» Tennessee Williams, «parce qu’il est proche du cinéma mais aussi pour la psychologie de ses personnages».

J’ai pensé ne pas y arriver…

Son théâtre est admirablement construit. Au fur et à mesure du récit, l’intensité dramatique monte et crée un terrifiant suspense psychologique. Le théâtre de Tennessee Williams est violent, romantique et baroque. «Le sujet de la pièce, c’est à la fois la décomposition d’une famille mais aussi celle de la société.»

Les maux de la société américaine des années cinquante où se situe la pièce ne sont pas très éloignés de ce que l’on vit toujours aujourd’hui. «Plus que des tabous, il s’agit plutôt de répression des sentiments. Si l’homosexualité est mieux acceptée aujourd’hui, ça n’empêche pas certains d’en mourir encore», constate le metteur en scène.

Pour Tennessee Williams en effet, il s’agit d’échapper à l’ordre du monde dont les roues grincent autour des misères et des injustices. Seuls quelques êtres d’exception échappent ou tentent d’échapper au monde des roues. C’est à ceux-là que va l’amitié, la tendresse fraternelle de Tennessee Williams. Échapper à l’ordre du monde pour conserver ou acquérir une sorte de pureté.

Mais cette pièce, d’apparence simple, ne se laisse pas dompter facilement. «J’ai douté, j’ai même pensé ne pas y arriver»… C’est une pièce à tiroir où chaque sujet en entraîne d’autres, où chaque idée est développée par rapport à d’autres. «C’est comme un artichaut, il faut enlever progressivement toutes les feuilles pour arriver au cœur.» Les trois actes de la pièce peuvent être ainsi considérés comme trois pièces distinctes et le travail sur le rythme a été très important.

Mais le plus important, pour Pol Cruchten, c’est la distribution. Alors que le grand public a en tête Paul Newman et Elizabeth Taylor, il fallait des comédiens de poids sur la scène du TNL. «Jules Werner était une évidence. Valérie Bodson aussi pour son côté instinctif et sensuel, son côté chatte, justement. J’avais déjà travaillé avec Nicole Max et Serge Wolf.» Quant à Patrice Melennec, dans le rôle de Big Daddy, il a été caste à Paris. «Il incarne physiquement le pouvoir.» Enfin Marja-Leena Junker et Daniel Plier ont de plus petits rôles mais sont «indispensables».

«Il faut dire et redire qu’on a de très bons comédiens au Luxembourg et quand on les a bien choisis, l’essentiel du travail de metteur en scène est fait.» D’ailleurs, Pol Cruchten n’aime pas le terme de «direction» d’acteurs. Il préfère dire qu’il les «guide» pour s’ajuster, accompagner le personnage, trouver le temps, le rythme. Une belle façon de faire.

SOURCE: France Clarinval Le Quotidien

Mise en scène: Pol Cruchten
Décors et costumes: Jasna Bosnjak
Lumières: Zeljko Sestak
Dramaturgie: Andreas Wagner
Assistante à la mise en scène: Anne Simon
Avec: Valérie Bodson, Marja-Leena Junker, Nicole Max, Patrice Melennec, Daniel Plier, Jules Werner, Serge Wolf e.a.

Représentations – Saison 2008/2009 – Théâtre National du Luxembourg


Plus de photos de « La Chatte sur un toit brûlant » sur Flickr

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